La Xaintrie - Les tours de Merle
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La Xaintrie, un pays oublié

D 10 août 2019     H 18:15     A Pierre     C 0 messages


En parcourant les historiens du Bas-Limousin, on ne peut s’empêcher de remarquer leur laconisme au sujet de la Xaintrie. Cette partie du département de la Corrèze, qui comprend le canton de Mercœur, celui de Saint-Privat et la rive gauche de la commune d’Argentat, a eu cependant sa part de tribulations ; elle doit avoir ses souvenirs.

Source : Bulletin de la Société scientifique historique et archéologique de la Corrèze, année 1883 - BNF Gallica

La Xaintrie, où est-ce ?


L’explication de l’origine du nom varie selon les auteurs. Il proviendrait soit de Lou Chaintrie ou Santria, anciens mots occitans signifiant une borne ou limite, soit de Sainte Trie ou Terra Santria, appelée ainsi dans les archives de la maison de Turenne qui, par contraction, serait devenue Xaintrie.

Dans son ouvrage paru en 1878, Histoire de la Xaintrie M. Saint-Bonnet, propose l’explication suivante :

« A l’extrémité sud-est du département, trois cantons contigus : une petite partie du canton d’Argentat, Mercœur, Saint-Privat, qu’on désigne assez souvent sous le nom collectif de Xaintrie, parce qu’ils sont ceints par trois rivières : La Cère, qui sépare Mercœur du Cantal et du Lot ; la Dordogne et la Maronne. »

I

En parcourant les historiens du Bas-Limousin, on ne peut s’empêcher de remarquer leur laconisme au sujet de la Xaintrie. Cette partie du département de la Corrèze, qui comprend le canton de Mercœur, celui de Saint-Privat et la rive gauche de la commune d’Argentat, a eu cependant sa part de tribulations ; elle doit avoir ses souvenirs. Le soc de la charrue, l’outil du pionnier y ont révélé la trace des générations antiques. Le moyen-âge et les temps modernes y ont laissé d’intéressants sujets d’étude.

Pour le canton de Mercœur, je citerai seulement le château de Mercœur, aujourd’hui disparu [1] ; la Fontaine des Dames (source ferrugineuse froide), près du village de Massalve, où l’on remarque des débris de constructions romaines et des apparences de fortifications ; les dolmens de La Borderie, commune d’Allillac, le prieuré en ruines de Montcalm, signalé déjà par M. l’abbé Poulbrière ; les onze tumulus de Saint-Bonnet-le-Pauvre et de Goulles [2] ; l’église romane de La-Chapelle-Saint-Géraud le village de Croizille (Crucicula), témoin de deux miracles du saint comte d’Aurillac ; La Font Saint-Géral [3], qui en vit peut-être un autre ; Belpeuch, qui fut, selon toutes les apparences, une forteresse avant d’être un sanctuaire dédié à la Vierge et un prieuré ; les cercueils monolithes de Saint-Julien-le-Pèlerin ; les tours de Carbonnières, dans la commune de Goulles ; le château du Rieu, ancienne demeure féodale, à Saint-Bonnet-le-Pauvre ; l’infortuné maréchal Ney y reçut l’hospitalité la veille du jour où il fut capturé.

Le canton de Saint-Privat est plus riche encore. Son chef-lieu, qui a remplacé l’antique Betuc, fut une place forte durant les guerres de religion ; non loin de là, Malesse (Malesico), ancienne maison, mère du cardinal Guy de Malesec, à la même époque tint « le bec dans l’eau » de ses étangs à M. de Saint-Chamans. L’abbaye de Valette, fondée par Saint-Étienne d’Obazine, enfant de Bassignac-le-Haut, pillée et brûlée par les huguenots en 1574 ou 1575 [4], située sur les bords de la Dordogne, au sein d’un désert transformé en riches cultures, atteste les héroïques travaux des disciples de l’illustre Xaintricois. On voit à Rilhac les vestiges de la demeure de l’ancienne famille de Rilhac, puissante au XIe siècle. A Auriac, qui parait avoir eu un atelier monétaire mérovingien, est une tour d’église réputée romaine. Hautebrousse montre la place d’un fort et sa chapelle [5]. Servières, forteresse assise sur des remparts de rochers pour laquelle les vicomtes de Turenne rendirent hommage aux abbés d’Aurillac, et le prieuré ruiné de Glénic ont été l’objet d’une intéressante étude de M. l’abbé Poulbrière. Saint-Cirgues a son église où se trouve inscrite en blason la légende de la Loutre ; il possède les restes du château de Veyrac, de celui de Veilhan (Vigilando) au lieu de Saint-Martial. Enfin, Saint-Geniez-ô-Merle, assis près du Vieux-Sermur, antique forteresse rasée et ignorée, garde la perle des ruines du Limousin, la forteresse de Merle.

Les lacunes de l’histoire de la Xaintrie seront longues à combler, plusieurs ne le seront jamais. Ses vieux monuments qui pourraient parler encore s’écroulent, et ceux que n’ont pas encore fixés le crayon ou la plume seront bientôt ensevelis dans l’oubli. Cette pensée m’incite à décrire sommairement, ne pouvant mieux, la forteresse de Merle. Je ferai suivre ma description de quelques documents déjà publiés, de certains autres inédits, des souvenirs que j’ai pu recueillir, de notes généalogiques sur les conseigneurs de Merle, d’une notice sur leurs armoiries. J’y joindrai un plan et une table explicative. M. Ernest Rupin, outre l’amical et actif concours qu’il a bien voulu me prêter d’ailleurs, a collaboré à cette œuvre par de nombreux dessins qui animeront le texte et suppléeront heureusement aux lacunes inévitables de la description. Le lecteur trouvera dans ce travail, outre des éclaircissements sur Merle, véritable phénomène féodal qui ne comprit pas moins de sept seigneuries, des renseignements sur d’autres localités dont l’histoire se relie à celle de cette forteresse.


[1Il appartenait à la maison d’Extresses. Il était habité en 1770, ainsi qu’il résulte d’une quittance de 1250 liv. du 5 septembre, en faveur d’un sieur Jourde, marchand, demeurant alors au château de Mercœur.

[2Philibert Lalande. Mémoire sur les monuments pré-historiques de la Corrèze, p. 45.

[3Commune de Mercceur.

[4La raison pour laquelle la liève de 1577 et celles qui l’ont suivie n’ont pas énoncé les devoirs (des tenanciers) dans leur entier, c’est que celle de 1577 a été faite immédiatement après le saccagement de l’abbaye, au temps des troubles. Le procès-verbal de 1610 prouve que c’était eu 1574 ou 1575 que l’abbaye avant été pillée ; les vieillards qui déposèrent devant le commissaire (désigné par le parlement de Bordeaux) disent qu’il y avait alors soixante-six ans depuis cet évènement... Lors du sac de l’abbaye, elle aurait été incendiée. »
(Extrait d’un registre de l’abbaye de Valette ayant pour titre Consultations et mémoires concernant les rentes et autres points de droit, possédé par les héritiers de M. H. P. Jourde, expert-géomètre à Argentat.

[5Le bénéfice en était à l’abbaye de Beaulieu en 1706.

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