Catalogne 2018-2021 : pourquoi ?

En mars 2018, j’ai parcouru l’Espagne en camping-car pendant 4 semaines.
Grâce à la liberté de temps et de lieu que donne ce moyen de déplacement, j’ai rencontré un très grand nombre d’espagnols.
Ma connaissance de leur langue est modeste, mais cela s’est avéré un obstacle assez facile à surmonter, car j’avais le temps d’écouter.

Evolution des mentalités, enfermement sur soi

C’est la quatrième fois que je visite la Catalogne en l’espace de 50 ans.

J’ai été très surpris par l’évolution des mentalités de cette province.

Alors que la grande majorité des pays d’Europe se sont ouverts à ce que certains appellent la mondialisation, que j’appellerais plutôt un sentiment plus vif que par le passé d’appartenance à une humanité d’une incroyable richesse et diversité, l’Espagne, et plus particulièrement la Catalogne se sont progressivement refermées sur elles-mêmes, sur leurs langues, sur leurs frontières, sur leurs coutumes.

D’autres pays d’Europe pratiquent plusieurs langues étrangères, s’ouvrent au monde, trouvent que c’est un passage obligé pour faire de meilleures affaires. En Espagne, on vous regarde d’un air étonné quand vous évoquez ce sujet.

En Andalousie, le 10 mars 2018, je suis allé à l’Office de Tourisme de Séville, qui est une des principales destinations touristiques de cette province. Par curiosité, j’ai demandé si, parmi le personnel d’accueil, il y avait quelqu’un qui parlait français – Non – Quelqu’un qui parlait anglais – Non. Il n’y avait pas non plus de documentation en français. J’ai eu le sentiment que le Tourisme espagnol ne s’intéressait qu’aux seuls espagnols. Enfermés dans leurs frontières…

Une violence ambiante envers les opposants à l’indépendance

A Barcelone, j’ai rencontré des anti-indépendantistes. Dans la rue, ils se sentaient obligés de me parler à voix basse, pour ne pas être menacés par la violence ambiante des indépendantistes. Sur le mur, derrière eux, un tag avec le mot « fascisme » désignant l’Etat espagnol. De qui venait le vrai fascisme, au quotidien ?

La langue comme prétexte

Dans un des plus grands Hyper Carrefour de Barcelone, je me suis adressé au personnel mettant des produits en rayon, afin de trouver un article.
Dialogue sur le vif :
– Y-a-t’il ici quelqu’un qui parle français ?
– Non Monsieur
– Y-a-t’il ici quelqu’un qui parle anglais ?
– Non.
– Il n’y a donc que du personnel parlant espagnol ?
– Non, Monsieur, ici on ne parle que catalan !

Je pratique plusieurs langues, et j’apprends assez rapidement celle des pays où je séjourne.

Langues officielles en Espagne

Je regarde cette carte (Wikipédia), et je me réfère à ma toute récente expérience de voyage en Espagne :

Je pense que je ne reviendrai pas en Espagne, car je n’ai pas prévu d’apprendre 10 langues pour pouvoir parler avec les habitants de ce pays.

En Catalogne, la signalisation routière est écrite en catalan. Conduire dans cette province est source de danger pour les automobilistes qui ne comprennent pas cette langue. En Suisse, pays multilingue, comme l’Espagne, dans une grande partie du pays, la signalisation routière est en allemand, italien et français.

J’ai vécu et travaillé deux ans en Afrique Occidentale dans les années 1966-68 : les dialectes, ça ne manque pas dans cette région du monde ; on en trouve un tous les 50 km. Mais il existe une colonne vertébrale à tous ces dialectes : le français, qui est parlé quasiment partout.

L’Espagne, la Catalogne ont volontairement cassé cette colonne vertébrale d’une langue commune. Elles sont devenues, par ce choix, des étrangères à notre petite planète. Dommage.

Je ne reviendrai pas en Espagne.

L’argent qui corrompt tout

J’ai aussi écouté des catalans de France, dont l’activité professionnelle est tournée vers la Catalogne espagnole. Ils m’ont expliqué la vision qu’ils ont de ce sujet d’actualité, tellement éloignée de ce que nous expliquent les médias. Un sujet où le pouvoir de l’argent dépasse très largement les intérêts de l’Europe, de l’Espagne et de la Catalogne, mais qui séduit les hommes politiques car il y trouvent les moyens de faire prospérer dans les urnes leurs mensonges à la population.

Pourquoi le pouvoir de l’argent a-t-il ainsi corrompu les relations entre les régions d’Espagne ?
La réponse est d’une simplicité élémentaire : la Catalogne est la plus riche des provinces espagnoles, et elle ne veut plus partager sa richesse avec les autres provinces.
Un peu plus grande que la Belgique, la Catalogne représente 6% du territoire espagnol mais concentre 16% de la population nationale. C’est, avec Madrid, l’une deux régions les plus riches du pays.
La Catalogne représente plus de 20% du PIB espagnol, avec une croissance de 3,3% en 2017, contre 3,0% pour l’ensemble de l’Espagne.
En 2017, le PIB catalan en valeur absolue était plus important que celui de l’Irlande, de la Grèce ou du Portugal.
Le taux de chômage de la région (15,7%) est plus faible que celui de l’Espagne (19,6%).

Mais l’état espagnol, comme dans la plupart des états du monde, fait jouer la solidarité entre les provinces ; il faut partager : les régions les plus riches aident les autres à se développer. C’est, par exemple, ce que fait l’Etat français avec la Corse.
Une règle qui ne plaît pas du tout à ceux qui s’enrichissent beaucoup en Catalogne : entrepreneurs, financiers, négociants. Ils se sont mis à rêver d’un état où ils pourraient s’enrichir davantage : un état indépendant où ils n’auraient plus à payer pour les provinces moins favorisées.
Alors, pour y parvenir, la recette est simple : il faut miser sur les hommes politiques qui défendent, pour des raisons idéologiques, l’idée d’autonomie. Miser gros, pour gagner encore plus. Pour les hommes politiques, c’est une très bonne affaire : plus ils touchent, plus ils trouvent des mots convaincants. Leurs électeurs, caressés dans le sens du poil régionaliste, sont subjugués et mettent dans l’urne le bon bulletin, sans se poser plus de questions sur leur avenir.

Quand la machine s’enraye, ces mêmes hommes politiques quittent le navire et vont se réfugier dans les pays voisins.

Idée d’un blog

Mes réflexions pendant ces 4 semaines d’itinérance hispanique m’ont donné envie de créer ce blog de politique-fiction.

Bien évidemment, je ne souhaite pas que cette fiction devienne réalité, mais l’histoire et l’expérience nous montrent que, bien souvent, la réalité dépasse la fiction.

La raison, peut-être, l’emportera sur la folie destructrice de l’argent. A chacun de nous de décider ce que nous pouvons faire pour le permettre.

Pierre

Vendredi 27 décembre 2019

Vendredi 27 décembre 2019 – Paris – 9 h 30

Le téléphone diplomatique crépite entre les capitales européennes. Quelle position va prendre l’Europe vis à vis de la nouvelle tentative de sécession des catalans ?

Vendredi 27 décembre 2019 – Paris – 9 h 50

BFM TV annonce qu’un sommet improvisé va avoir lieu dans la soirée à la chancellerie fédérale de Berlin. Selon une dépêche de l’AFP, il réunirait Angela Merkel, Emmanuel Macron et Pedro Sanchez, premier ministre espagnol qui a remplacé Mariano Rajoy le 2 juin 2018.

Vendredi 27 décembre 2019 – Paris – 10 h 15

Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission Européenne, interviewé par Deutschlandfunk, déclare que Bruxelles ne veut ni ouvrir la boîte de Pandore des revendications régionales ni empiéter sur la souveraineté de l’Espagne.

Il rappelle aussi la position prise par la Commission Européenne lors de la tentative précédente des catalans : les États membres de l’Union européenne « ne reconnaîtront pas la Catalogne comme un État dès lors qu’elle serait née en violant le droit et notamment la Constitution de l’Espagne »

Vendredi 27 décembre 2019 – Barcelone – 11 h 15

Dans une déclaration sur la chaîne d’info continue 324, Quim Torra annonce la composition du gouvernement provisoire de Catalogne.
– Premier ministre : Quim Torra
– Ministre de l’Intérieur et de la Défense : Miquel Buch i Moya
– Ministre des Affaires Etrangères : Ernest Maragall i Mira
– Ministre des Finances : Pere Aragonès i Garcia
– Ministre de l’Education : Joseph Rull, actuellement en prison à Madrid
Un gouvernement très resserré. La création d’un ministère de la Défense, domaine régalien de l’Etat espagnol, et la nomination de Joseph Rull à l’Education sont manifestement des provocations envers le gouvernement de Pedro Sanchez.

Vendredi 27 décembre 2019 – Bruxelles – 16 h 30

Jean-Claude Juncker, président de la Commission Européenne, qui a commencé son deuxième et dernier mandat le 1er novembre dernier, annonce que la Commission tiendra une réunion extraordinaire samedi matin. Il rappelle au Président de la Catalogne que la Commission est fermement attachée au respect de l’ordre constitutionnel en Espagne.

Vendredi 27 décembre 2019 – Berlin – 18 h 15

Le sommet Merkel-Macron-Sanchez prend fin. Un communiqué laconique précise que les trois chefs d’Etat sont confiants dans l’avenir de l’Europe et appellent le gouvernement catalan à la modération.

 

 

Jeudi 26 décembre 2019

Jeudi 26 décembre 2019 – Barcelone – 16 h 30

La chaîne catalane d’information continue 324 interrompt son programme pour un flash spécial : Au Parlement de Barcelone, le parti indépendantiste catalan a voté massivement en faveur de l’indépendance immédiate de la province.

Lors de ce scrutin, les anti-indépendantistes, divisés, ont obtenu 46 % des voix.


Jeudi 26 décembre 2019 – Barcelone – 17 h 00

Les premiers manifestants, arborant des drapeaux catalans de toutes tailles, commencent à converger vers la Plaza de Catalunya.

Jeudi 26 décembre 2019 – Barcelone – 20 h 00

La célèbre place est noire de monde. On installe des micros et des hauts-parleurs. Personne ne semble savoir qui va parler. Il y a des éclats de larsen.

Jeudi 26 décembre 2019 – Barcelone – 20 h 50

Un présentateur annonce la prise de parole de Quim Torra, leader indépendantiste qui a succédé le 1er juin 2018 à Carles Puigdemont, toujours emprisonné à Madrid après son extradition d’Allemagne.

Jeudi 26 décembre 2019 – Barcelone – 21 h 10

La nuit est tombée sur la Plaza de Catalunya, où brillent de petites bougies à la lumière jaune. Un brouhaha plus fort se fait entendre du côté de la Rambla dels Estudis. Un escadron de mossos d’esquadra entoure un petit groupe de personnalités. « Quim Tor-ra – Indepen-dència – Quim Tor-ra – Indepen-dència – Quim Tor-ra – Indepen-dència ». La foule s’échauffe.

Jeudi 26 décembre 2019 – Barcelone – 21 h 30

Dans un long discours, Quim Torra explique à la foule qui l’interrompt souvent par des applaudissements et des « Quim Tor-ra – Indepen-dència », que, depuis la tentative indépendantiste de 2018, rien n’a changé entre l’Espagne et la Catalogne, que l’arrivée des socialistes en juin 2018 n’a rien changé, bien au contraire. Prisonniers politiques, fascisme d’Etat, impérialisme économique, tout cela doit cesser. Nous voulons être un état européen indépendant et libre.

Cette fois-ci, le Parlement catalan ne se laissera pas faire, comme en 2018. L’indépendance de la Catalogne sera effective au 1er janvier 2020, c’est-à-dire dans 6 jours très exactement. L’état d’urgence est proclamé dès ce soir. Un gouvernement provisoire sera mis en place demain matin. Les catalans sont invités à se serrer les coudes, car l’indépendance ne sera pas un long fleuve tranquille. Mais vous, citoyens de Barcelone, vous saurez vous opposer au fascisme qui veut nous priver de nos libertés. ¡Visca Catalunya lliure! La foule applaudit à tout rompre et une immense clameur monte vers le ciel noir de la ville : ¡Visca Catalunya lliure! ¡Visca Catalunya lliure!

Jeudi 26 décembre 2019 – Barcelone – 23 h 00

La foule se disperse lentement. Une heure plus tard, la Plaza de Catalunya est presque vide. Le sol est jonché d’emballages de churros, de canettes de bière et de coca.

à suivre …